lundi, 27 novembre 2006
Food'em up, l'aide humanitaire réduite en pixels
L’objectif est noble, mais il ne justifie pas tout. Il y a quelques mois, le Programme alimentaire mondial (PAM) a suivi l’exemple de l’armée américaine pour éveiller l’intérêt des ados. Les responsables de l’ONU chargés de trouver une solution à la faim dans le monde ont proposé en téléchargement gratuit un jeu vidéo, Food-force, destiné à susciter des vocations pour l’aide humanitaire d’urgence. Beau succès : 4,5 millions de téléchargements en l’espace de quelques jours pour ce "shoot’em up-like" animé des meilleures intentions du monde, disponible en anglais et bientôt en français.
En six missions, on découvre le montage et les rouages d’une mission d’urgence à l’échelle planétaire, version américaine. Ravagée par la guerre civile, l’île de Sheylan, quelque part dans le golfe du Bengale, est menacée par la famine. Toi, internaute humanitaire et joueur invétéré, tu devras faire un survol des lieux, repérer les camps de réfugiés, définir un "paquet cadeau" idéal, en fonction du nombre de protéines nécessaires à la survie d’un individu et le coût logistique de la ration importée du monde entier, larguer tes colis sur les pistes d’atterrissage de Sheylan, etc. Bref, t’éclater un moment aux commandes d’un avion gros porteur, jouer les maîtres du monde en discutant avec les exportateurs de protéines japonais et brésiliens, débriefer la responsable de mission, une Lara Croft au décolleté aguicheur mais au regard grave qui signale la femme de caractère et le bon coup virtuel. Mais pourquoi pas, après tout, si c’est pour sauver l’humanité ?
Réfugiés tamagochis
Il n’y a pas si longtemps, on parlait de la précision "chirurgicale" des frappes aériennes et de l’influence du jeu vidéo sur le comportement des GI’s en mission en Irak. Qui ne se souvient de ce film où la voix surexcitée d’un gamin de Brooklyn hurlait ses ordres à l’homme au doigt crispé sur la gâchette d’une mitrailleuse longue portée : "Tu vas l’avoir, damn’it, plus à gauche, shoot, shoot, you got it" ! Là-bas, à l’autre bout de la caméra, dans la brume des infrarouges quadrillée par le collimateur électronique du viseur, un homme s’effondrait comme par magie. Un homme, ou plutôt une silhouette fuligineuse dénuée de réalité, un amas de pixels sur l’écran vidéo d’un jeu "pour de vrai". Dans ce shoot’em up en réseau de la guerre virtuelle prime l’excitation du "nice shoot", la perfection glacée et illusoire de la Guerre Propre.
C’est la même gêne qu’on ressent devant Food Force.
Les malheureux réfugiés de l’île de Sheylan en proie aux affres de la guerre civile y sont autant de cibles noirâtres et minuscules sur une carte anonyme. L’équation de l’urgence se résout à un ratio économique, un arbitrage entre protéines par personne et coûts logistiques et, pour finir, l’habileté du pilote à balancer ses colis pas trop loin des campements de fortune qui émaillent le territoire hostile de l’île, un désert écrasé de soleil, comme de juste. A quoi bon s’approcher de ces fourmis au ventre vide ? Pourquoi se préoccuper des raisons de cette guerre ? Quel intérêt à chercher une solution diplomatique ? Dans les cales de l’avion se trouve tout ce qu’il faut pour nourrir tout le monde.
Que cet épandage de bonnes intentions ressemble à s’y méprendre à un largage de bombes ne dérangera que les esprits chagrins. Que l’aide humanitaire d’urgence y soit réduite au gavage d’intestins anonymes par la technocratie triomphante, peu importe, puisqu’ils sont remplis, ces intestins. Que les destinataires de l’aide y apparaissent comme des tamagochis insatiables nourris de protéines virtuelles, bah !
Pourtant, ce discours de l’efficacité a depuis longtemps fait la preuve de son... inefficacité. Mais où est le problème ? Il suffit de suivre une procédure impeccable et le tour est joué. Les Sheylanais sauvés. Lara Croft ravie. Les ados américains convertis au miracle de l’humanitaire d’urgence. Quoi, la guerre continue, la famine recommence, les femmes et les enfants disparaissent en masse des statistiques, le bétail tombe malade et les trafiquants d’armes sont à la fête ? Il faudrait peut-être prévoir de nouvelles missions pour Food-Force. Au fait, combien ça coûte de développer ce genre de truc ? www.food-force.fr
André Mora
14:55 Publié dans Points de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 24 novembre 2006
Coups de pouce étudiant !
Relayer des projets d'entraide sera une des missions de Noé magazine. Nous avons reçu deux demandes de la part d'étudiants. Nous vous en faisons part, car Noé magazine ne paraitra que début mars 2007. Et autant les aider tout de suite.
message n°1 : "Je suis étudiant l'Ecole Nationale Supérieur d'Ingénieurs de Bourges. Pour les dix ans de l'école, l'organisation dont je fais parti '5 sommets 5 continents' a entrepris de partir au kilimandjaro.Cette expedition se composera en deux groupes: l'un montera afin d'atteindre le sommet et le deuxieme groupe vise a organiser un trake dans les villages aux alentours afin d'apporter des moustiquaires, des livres, du matériel scolaire et des traitements anti paludisme. Je vous écris afin que vous puissez communiquer notre projet dans un journal qui est en rapport avec nos engagements. Mitaillé Stanislas mailto : stanislas.mitaille@ensi-bourges.fr
message n°2 : Je me permets de vous contacter pour une demande importante. Nous sommes 6 étudiants en train de monter un projet humanitaire de don de matériel informatique à destination d’une école primaire marocaine. Une mention de cette mission (si spéciale pour nous) dans votre support serait un atout d’une grande qualité. Veuillez trouver ci-joint le lien de notre site internet, ainsi que celui de la plaquette à destination des professionnels explicitant plus en profondeur notre démarche : http://maroc.ankhoon.net et http://maroc.ankhoon.net/plaquette.pdf Je reste à votre disposition pour tous renseignements complémentaires. Julien Magniez mailto : magniez_julien@yahoo.fr
16:55 Publié dans Mes articles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 14 novembre 2006
Noé, magazine responsable et solidaire
18:10 Publié dans Le projet Néosapiens / Noé mag | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 05 novembre 2006
Allègre, Fox News et le réchauffement climatique
Les sceptiques font entendre leurs voix. Ecoutons les !
Je viens ainsi de regarder le reportage spécial diffusé par la chaine américaine Fox News (pro-bush t très conservatrice) en réponse au documentaire présenté par Al Gore "Une vérité qui dérange", film qui a déjà attiré plus de 250 000 spectateurs dans le cinémas en France !
Que dire de cette contribution à charge contre l'ex-futur Président des USA ? Il faut reconnaitre d'abord à la télévision américaine un savoir faire impressionnant dans l'art de mettre en scène le débat. Ce reportage met en avant tous les doutes scientifiques qui subsistent sur la fiabilité de la théorie du réchauffement climatique.
A ce propos, je vous recommande l'excellent article publié par Libération en réponse à la contribution de Claude Allègre sur le sujet. cliquez ici
Les doutes exprimés par Fox news et Claude Allègre sur la fiabilité de la théorie scientifique méritent d'être entendus. Bien qu'ils ne changent absolument pas la donne : les Etats-Unis émettent à eux seuls 25 % des gaz à effet de serre de toute la planète ; de son côté, la France aura bien du mal à se conformer au protocole de Kyoto (réduction de 5% des émissions d'ici 2012 sur la base de 1990).
Peut-être le réchauffement climatique est-il surestimé ? Peut-être n'avons nous pas assez pris en compte l'importance de l'eau dans ce phénomène, comme l'affirme Allègre. Peut-être... Mais sincèrement qui a envie de courir le risque de tergiverser ? Sur ce sujet, faisons le pari de Pascal, c'est certainement la meilleure posture. Nous ne perdrons rien à croire que le réchauffement climatique existe.
Au contraire, y croire, et ce n'est pas si difficile, nous amène à envisager la répartition des ressources au niveau mondial de façon plus équitable ; cela nous force à trouver des moyens de production plus propres ; et même, cela nous oblige à remettre en cause notre modèle de consommation effrénée. Qui s'en plaindra ? Et si au bout du compte le réchauffement climatique n'etait pas aussi critique. Tant mieux. Plutôt, ouf !
Yves Vilagines
18:45 Publié dans Points de vue | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : réchauffement, environnement, climat, Allègre, Al Gore
